Par
Mehdi
Lotfi & Di Pietro Francesca, Doctorant et maître
de conférences
Équipe « Ingénierie du Projet en
Aménagement - Paysage et Environnement » (IPA-PE), UMR CNRS
6173 CITERES, Université de Tours,
France.
Introduction :
Les théories
urbanistiques ont, dans le passé, attribué deux principaux services
au végétal dans le milieu urbain : l'un social (détente, loisirs,
rencontres, etc.) et l'autre urbanistique (espace interstitiel,
espace d'accompagnement d'équipements publics, etc.). L'esthétisme
et l'hygiénisme sont venus compléter par la suite les fonctions de
l'infrastructure verte urbaine.
De nos jours,
face à l'amplification des crises environnementales (réchauffement
planétaire, urbanisation galopante, érosion de la biodiversité,
pollution, etc.), de nouveaux rôles, allant de la fixation des
particules chimiques, à l'introduction de la biodiversité dans les
zones urbaines, incombent à la trame verte urbaine (structure
verte). Cette notion est de plus en plus utilisée par les
professionnels de l'aménagement et de l'urbanisme (Clergeau, 2007),
au point qu'elle vient d'être déclarée comme étant une stratégie
d'intérêt national (Grenelle de l'environnement, 2007 : trame verte
et bleue). Désormais, en France, les documents d'urbanisme et
d'aménagement (SCOT, PLU, POS, etc.) et les politiques urbaines ont
l'obligation de prendre en considération la trame verte à toutes
les échelles de prise de décision (locale, régionale, nationale,
voire supranationale). Ceci en raison des nombreux services et
vertus qui lui ont été reconnus, dont plusieurs font partie
intégrante des recommandations du développement durable, sur les
plans social, économique et écologique.
Dans cette
communication nous commençons par présenter un aperçu de
l'émergence de la notion de structure verte. Afin de mieux
illustrer nos propos, c'est une étude de cas concret qui sera
développée par la suite ; pour cela, nous avons opté pour le choix
de l'agglomération tourangelle (qualifiée de « métropole jardin »
dans les années 1970) et de son expérience acquise dans
d'aménagement de sa structure verte. Nous terminerons par une
illustration globale du cadre réglementaire en matière d'EV et de
leur prise en compte dans les politiques publiques. Des
précarisations de conception et de gestion des EV, adaptées au
contexte physique et culturel des villes algériennes sont
envisagées.
Les questions
centrales qui seront traitées dans cette présentation sont : A quoi
sert la structure verte ? Comment contribue-t-elle à la prévention
des risques urbains ? Serait-il cohérent de concilier les
différents rôles, parfois contradictoires, joués par cet équipement
structurant de la ville ?
1) De
l'espace vert à la structure verte
La notion
d'espace vert indique, en son sens le plus large, un espace
végétalisé, privé ou public, localisé à l'intérieur des zones
urbaines ou urbanisables et faisant l'objet d'une classification en
typologie (Merlin et Choay, 2005) ; la notion de zone urbaine
elle-même est toutefois équivoque, car elle est considérée en
quelque sorte comme un antagoniste de la zone rurale, bien que la
limite spatiale entre les deux zones reste non apparente et
discutable. En outre le statut privé ou public attribué aux EV est
considéré tantôt du point de vue de la propriété foncière
(particulier, établissement, État...), tantôt du point de vue de
l'ouverture aux usagers.
Dans ce
travail nous considérons donc les EV publics comme des espaces non
bâtis, végétalisés, gérés par le service des EV d'une commune et
ouverts au public.
La végétation
des zones urbaines comprend aussi les jardins familiaux, les
espaces naturels aménagés, les forêts-promenades, les jardins
botaniques ... C'est ainsi qu'aujourd'hui on ne parle plus
uniquement d'EV pour rendre compte du végétal dans la
ville.
C'est la
structure verte qui caractérise toutes les formes du végétal dans
la trame urbaine et même au-delà. Ainsi, la verdure est utilisée
comme élément structurant de la ville : coupure verte, coulée
verte, ceinture verte, aire de repos et pelouses, parcs urbains,
terrains de sport... (KERBOUC'H, 1998). La notion de structure
verte, permet de ne plus considérer chaque type d'EV comme un
système indépendant, mais de l'analyser dans ses relations avec la
ville. Cela implique une unité de conception de ces
équipements.
2) La
structure verte en tant qu'équipement polyvalent
Les EV,
conçus pour répondre à une demande sociale ou pour avoir une
fonction culturelle, ont également un rôle écologique en tant
qu'habitat d'espèces végétales non cultivées ; l'étude des
écosystèmes urbains est donc un de nos objectifs. Plusieurs études
montrent en effet que les écosystèmes urbains ne sont pas
simplement une dégradation d'écosystèmes ruraux mais qu'ils
possèdent des caractéristiques spécifiques qui en font des
écosystèmes à part entière (Clergeau, 2007). Nous pensons que cet
objet d'étude est d'autant plus important que l'étalement urbain,
et la réduction de milieux semi-naturels aux portes des villes, est
un des principales données de l'évolution de l'occupation du sol
(Williams et al, 2008). Il s'agit donc d'évaluer dans quelle mesure
et à quelles conditions (de gestion, de localisation et de
fréquentation des EV) la ville peut accueillir des espèces
végétales non cultivées.
Par ailleurs,
dans le cas des traversées urbaines des cours d'eau, ces espaces
semi-naturels, que sont les EV, représentent également des espaces
potentiels d'écrêtement des crues et offrent donc une opportunité
de protection des populations contre le risque d'inondations. Pour
terminer les EV sont également des éléments qui, articulés entre
eux, peuvent délimiter un espace voué à l'urbanisation et limiter
l'étalement urbain : c'est la fonction des ceintures vertes, dont
la ville de Rennes est un des exemples les plus connus en
France.
Nous
suggérons donc que, à côté des services rendus par les EV (sociaux,
urbanistique (équipement structurant), environnementaux (lutte
conte la pollution), économique (tourisme : exemple des villes
vertes), etc.), qui sont plus connus, il existe des fonctions
émergentes des EV : rôle écologique, d'écrêtement des crues, de
limitation de l'étalement urbain. Ce sont les deux premières
fonctions que nous allons illustrer en prenant l'exemple de
l'agglomération tourangelle.
3)
L'agglomération tourangelle
a) L'agglomération tourangelle et l'espace
fluvial
La ville de
Tours compte, en 2008, 137.046 habitants, et l'aire urbaine 397.700
habitants. Sur le plan administratif, l'agglomération tourangelle
regroupe quatorze communes. Tours est donc une zone urbaine de
taille moyenne, plus ou moins dense et traversée par deux corridors
fluviaux, la Loire au Nord et le Cher au Sud. La tache urbaine,
radioconcentrique, est déformée par la présence de ces deux fleuves
(Figure 1).
Au cœur
de l'agglomération tourangelle, on trouve de plusieurs espaces,
plus ou moins vastes, libre de toute urbanisation (le lit endigué
de la Loire, la plaine de la Gloriette, la plaine alluviale du Cher
en amont de St-Avertin). La présence de tels espaces préservés si
proches du centre est assez exceptionnelle. Ces espaces ont été
préservés par leur inondabilité. Les crues plus ou moins fréquentes
qui touchent ces secteurs ont constitué un obstacle historique à
l'urbanisation. Ce risque d'inondation a rendu tout aménagement
classique impossible. On a ainsi de vastes espaces
« semi-naturels » en plein cœur de
l'agglomération.
Ces espaces
non urbanisés constituent des réserves foncières qu'on a utilisées
lors de la forte croissance urbaine des dernières décennies. En
effet, de gros aménagements de protection (digues, remblais)
permettent de baisser le niveau du risque d'inondation (Figure 1).
C'est ainsi que sont nés les quartiers des Fontaines et des Rives
du Cher dans les années 70 et le plus récemment le quartier des
deux Lions (Sawtschuk, 2005).
Encadré 1 - Historique de
l'urbanisation de l'agglomération de Tours dans le corridor fluvial
(source : Sawtschuk, 2005)
Jusqu'au Moyen Age, la plaine alluviale de la Loire
dans la région de Tours était très peu occupée en raison de la
variabilité des lits de la Loire et du Cher et des fréquentes
inondations. Cependant les terres enrichies par les limons
alluviaux sont très fertiles et attirent les cultivateurs. Les gens
s'installent à l'abri des inondations sur des tertres
insubmersibles qui parsèment la plaine alluviale. Ainsi la ville de
Tours était située originellement sur un tertre autour de la
cathédrale saint Gatien. Ces tertres se retrouvent isolés lors des
crues.
Puis on commence à construire des turcies (digues
submersibles) pour se protéger des courants. Au cours des XIVème et
XVème siècles, on construit des digues puissantes insubmersibles.
L'habitat se développe sur ces digues parcourues par une route
(exemple de St-Genouph et Barthenay). Cependant ces digues ne sont
pas continues et la plaine continue d'être inondée lord des grandes
crues.
Les digues deviennent continues au XVIIème siècle.
Les lits de la Loire et du Cher sont fixés. Le risque d'inondation
semble écarté et les gens commencent à s'installer dans le lit
majeur. Ce sont d'abord quelques fermes isolées, des couvents (la
Ville aux Dames) ou le cimetière (St-Pierre des Corps). Les
faubourgs de Tours commencent à s'étendre.
Quelques grandes inondations viennent cependant
rappeler le risque, en particulier en 1846, 1856 et 1866.
L'augmentation de la hauteur des digues semble mettre la plaine à
l'abri des crues. L'arrivée du train accompagne le développement
industriel de la région. La population ouvrière augmente peu à peu
et s'installe dans la plaine alluviale à Saint Pierre des Corps.
Les maraîchages se développent à proximité pour répondre à la
demande croissante de la ville. Depuis 1907 il n'y a plus eu de
grande crue. Le souvenir de la crue s'efface peu à peu et on se
croit à l'abri derrière les digues.
Après les destructions de la deuxième guerre
mondiale, l'agglomération connaît une forte croissance économique
et la population explose. Pour faire face à la demande de
logements, de grands ensembles d'immeubles sont construits tout
autour du centre ville de Tours, en particulier à St Pierre des
Corps. Tout l'espace entre la digue du Cher et de la Loire finit
par être utilisé et on commence à lorgner sur les zones à proximité
du centre ville encore préservées de l'urbanisation, en particulier
les prairies alluviales du Cher.
Au cours des années 1970, le maire de Tours lance
une grande opération d'aménagement pour urbaniser les rives du
Cher. Le cours du Cher est dévié et canalisé entre deux énormes
digues. Sur les terrains mis à l'abri des inondations, on construit
les « barres » du quartier des Fontaines ainsi que la
zone de loisir du lac de la Bergeonnerie. L'urbanisation se
continue dans les années 1990 avec le remblaiement de la zone à
l'ouest du lac de la Bergeonnerie pour permettre la construction du
quartier des Deux Lions.
Actuellement,
suite aux nouvelles règlementations, et notamment le Plan de
Prévention des Risques d'Inondation (PPRI), on ne peut plus
réaliser de tels aménagements dans ces secteurs. Il faut donc
trouver de nouvelles façons d'aménager cet espace, compatibles avec
les caractéristiques du lieu.
Encadré 2 - Qu'est-ce que le PPRI (source :
Mehdi et al, 2009)
Le PPRI indique le niveau d'aléa de part et d'autre
de l'ensemble du corridor fluvial, allant du niveau 1 (NIV-1) à
aléa faible au Niveau 4 (NIV-4) à aléa très fort. Les espaces
classés niveau 3 et 4, où les habitations devraient être
interdites, ont été affectés aux espaces végétalisés par les
autorités locales : espaces verts publics pour le niveau 3 (dans
les limites du périmètre urbain) et espaces délaissés à l'état
semi-naturels (des bois en majorité) pour le niveau 4. Le cadrage
rouge (Figure 1) illustre l'application des recommandations du PPRI
dans une zone où les constructions ont été interdites en implantant
le parc de la Gloriette. En revanche l'urbanisation poursuit son
développement habituel dans les espaces aux
alentours.
Le Plan de
Prévention des Risques d'Inondation (PPRI), restrictif en termes
d'urbanisation à proximité des cours d'eau, a donc permis de
libérer de l'espace au profit des zones
seminaturelles.
b) Les EV
dans l'agglomération tourangelle
L'agglomération tourangelle dispose donc de 36 EVP de
plus d'un hectare pour un total de 1.142,47 hectares (BD-AUAT,
2006).
Une grande
partie des EVP est localisée au bord de Loire et du Cher. Dans ces
zones fortement inondables, situées de part et d'autre de la Loir
et du Cher, on peut compter huit EVP qui sont plus ou moins
artificialisés (l'île Balzac et le lac de la Bergeonnerie ont été
créés dans le cadre de l'aménagement des rives du Cher ; en
revanche, le parc de l'île Simon a été disposé sur une île
naturelle de la Loire).
Certains
espaces remarquables sont situés en plein coeur de l'agglomération
(ex: la Camusière et la plaine de la Gloriette, classées en Espace
Naturel Sensible, ENS, le parc de Grandmont et les Grandes Brosses,
qui font partie du réseau NATURA 2000). En effet ces espaces
végétalisés n'ont pas seulement pour rôle la prévention contre les
risques d'inondation, mais ils constituent également des
écosystèmes riches en biodiversité (L'île Simon , Bois
des Plantes classé ENS ).
Enfin de
compte, le PPRI de l'agglomération tourangelle a non seulement
préservé le foncier inondable contre l'urbanisation, mais il a
permis aussi la création d'EV d'une valeur écologique satisfaisante
(Figure 2.3). Un tel dispositif n'existe pas encore en Algérie,
pour la protection contre les risques d'inondation, le pays dispose
d'une loi n° 04-20 datant de 2004, et d'un récent
décret exécutif (n°09-399). Dans les deux
mesures le végétale n'a, hélas, pas trouvé sa place. Par
conséquent, une question cruciale subsiste : Quel est le sort des
zones inondables et non constructibles situées en plein milieu
urbain ?
4- Les
politiques des EV en Algérie
a) Analyse du
cadre réglementaire
Récemment (en
2007), l'Algérie s'est dotée d'une nouvelle loi (n°07-06, du 13 mai
2007) qui a pour ambition de réglementer la planification, la
conception et la gestion des EV. A présent, la plupart des décrets
d'application de cette loi sont en cours d'élaboration (MATET,
2009). Depuis, deux décrets exécutifs seulement ont été publiés, il
s'agit en premier lieu du n° 09-67 (7 février 2009), plus
précisément il est constitué d'une simple liste d'arbres et
arbustes (au nombre de 39) susceptibles d'être plantés en milieu
urbain. Excepté la nomenclature, le décret ne donne aucune
précision quant aux normes à respecter dans la plantation et
l'entretien de ces espèces, à savoir que les villes algériennes
sont situées dans des conditions abiotiques très variées. En second
lieu, le décret exécutif n° 09-147 (2 mai 2009) fixe le contenu et
les modalités d'élaboration, d'adoption et de mise en œuvre
du plan de gestion des EV. Ce dernier présente une typologie d'EV
avec un plan de gestion pour chaque type (au nombre de 9 types),
dans la plupart des cas il est arrêté au niveau ministériel, ce qui
correspond à une nouvelle forme de centralisation des prises de
décision. En revanche, l'implication et la souveraineté des
services techniques municipaux ont été entièrement
occultées.
Par ailleurs,
en France la circulaire du 8 février 1973, qui
concerne la politique d'aménagement des EV, est toujours en
vigueur. Cela dit, « Depuis la loi du 2 mars 1982 relative à la
décentralisation, l'application du décret du 28 février 1973 n'est
pas obligatoire pour les collectivités locales. » (MELTE, 1991:
30). Ceci a conféré aux services techniques municipaux une
autonomie, voire une souveraineté, considérable dans les choix de
conception et de gestion de leur trame verte.
La
comparaison des deux cas montre que les pratiques actuelles
d'aménagement en Algérie (construction de nouvelles citées,
création des espaces verts d'accompagnement des équipements,...) se
rapprochent significativement de celles de l'époque des années
60-70 en France (construction des grands ensembles de l'après
guerre, par exemple). Hélas les autorités politiques algériennes
n'ont pas bénéficie de l'expérience de leurs homologues français,
elles sont entrain de reproduire en quelque sorte leurs erreurs. A
tire indicatif, en France les autorités politiques ont opté depuis
quelques années pour la destruction progressive de ces grands
ensembles (environ 3 millions de logements), qui constituent le
terreau fertile de la délinquance, et ce
en ayant pour but de les remplacer par du pavillonnaire. En
Algérie, récemment il a été décidé la construction de cités qui
vont abriter par moins d'un million de logements, sans
se préoccuper de leur destinée. Le choix est simple, le quantitatif
l'a emporté au détriment du qualitatif.
A l'heure du
développement durable, de la planification et de la sauvegarde des
corridors écologiques dans les pays développés, notamment afin
d'introduire de « la nature » en ville, les politiques
d'aménagement des EV en Algérie sont toujours basées sur des
considérations purement urbanistiques (équipement interstitiel), si
ce n'est pas esthétiques. Par ailleurs, la biodiversité urbaine,
voire le domaine de l'écologie urbaine, n'a guère trouver d'écho
auprès du législateur algérien, ni de celui de la recherche
scientifique.
b) La place
des EV dans les politiques publiques algériennes
Les villes
algériennes sont connues par la vunérabilité de leur EV face à la
pression urbaine. Nombreux de ces derniers ont vu leurs surfaces
diminuées, grignotées voire disparaître complètement, et ce bien
entendu avec la complicité des autorités locales (Mehdi, 2005). La
presse nationale, notamment écrite, nous renseigne quotidiennement
de ce genre de dépassement, et parfois de crise entre riverains
souhaitant la préservation de cet équipement public et les
autorités locales qui approuvent sa concession.
Depuis
l'indépendance et jusqu'aux années 70, les villes algériennes ont
réussi à conserver un cadre de vie plus ou moins agréable
(Meziane, 2004), et un savoir-faire
hérité de la colonisation française dans le domaine de
l'horticulture et du jardinage. La période comprise ente les années
80 et 90 a été marquée par le début de la dégradation des trames
vertes urbaines, liée essentiellement aux conséquences du deuxième
choc pétrolier de 1979 (diminution des subventions publiques). Le
rythme de dégradation a été accélérer suite aux éventements qu'a
connu le pays durant les années 1990 (appelé aussi la décennie
noire ou 6 d'absence de l'État). La situation d'instabilité
politique a permis l'ascension, notamment au niveau local, d'une
classe dirigeante relativement peu qualifiée et ayant pour
principale but la sécurisation de leur territoire. Dans un tel
contexte d'instabilité politique la spéculation foncière a atteigne
son apogée.
A titre
d'exemple, les résultats de notre étude menée sur la prise en
compte des EV dans le cas de la ville de Bordj Bou Arréridj (Mehdi,
2005), ont révélés que cette dernière a perdu, dans l'intervalle de
10 ans (entre 1993 et 2004) pas moins de 60 % de sa trame verte.
Depuis la situation n'a guère évolué, et ce en dépit de l'extension
urbaine exceptionnelle que connaît cette ville, comme c'est le cas
dans la plupart des villes algériennes.
A l'instar de
BBA, la situation des EV dans la majorité des villes algériennes
est dans un état critique, pour le moins qu'on puisse le dire, à ce
sujet Abdellah Meziane témoigne : « Aujourd'hui, alors que la législation n'a
pas changé et que la population a presque doublé, les EV sont
abandonnés au point que les budgets sont détournés pour d'autres
nécessités. Et s'ils existent, ils sont souvent alloués à des
entreprises sans compétence dans l'aménagement des EV et gérés par
des architectes de bâtiments qui ne connaissent des arbres et des
arbustes que leurs distances de plantation ou à des forestiers dont
la vocation est de faire pousser les forêts » (Meziane, 2004 : 2).
Le boum
financier qu'a connu le pays depuis l'augmentation surprenante du
prix du pétrole, et par conséquent celui des budgets consacrés au
renouvellement urbain, n'a pas permis d'atteindre les objectifs
escomptés. Une remarque qui a été d'ailleurs soulevée dans le
manuscrit de ce séminaire. Il est évident que la principale
cause du dysfonctionnement de l'appareil politique est due à ce que
nous qualifions de « crise politique ». Celle-ci peut être
caractérisée par plusieurs tendances, dont nous citons seulement
:
- Situation de rupture entre pouvoir dirigent et
société civile (Très faible taux de participation aux dernières
élections électorales et municipales (- 50 %)).
- Régression des libertés d'expression, ne serait-ce
que comparé à celle de la période comprise entre
1998-1991(disparition de nombreux journaux).
- Absence d'une opposition politique représentative
et indépendante.
- Crise socio-économique : l'économie nationale est
dépendante à pas moins de 96 % de la rente pétrolière (Troin et al,
2006), scandales politico-financier, taux de chômage très élevés,
exode de la population vers l'étranger, etc.
- Rejet de responsabilité entre responsables et entre
autorités.
- Centralisation des pouvoirs au tour d'un petit
nombre de protagonistes.
- Faible implication de la recherche dans la prise de
décision politique, notamment à l'échelle
locale.
- Enfin, absence d'évaluation des politiques
publiques.
Rappelons que
tous ces éléments développés, et bien d'autres, ne constituent que
les conséquences de la dite « crise politique ». Elle-même peut
être considérée comme étant la principale cause freinant le
processus de développement en Algérie, et c'est sur quoi il serait
intéressant, voire urgent, de focaliser les réflexions, en traitant
les questions suivantes :
Comment
penser le retour vers une « réelle démocratie » ? A quel modèle
démocratique faut-il se référer ? Comment éviter de tomber, encore
une fois, dans l'extrémisme idéologique (nationalisme, islamisme,
communautarisme, etc.) ?
Nous tenons à
rappeler que si ces questions, d'ordre politique, sont évoquées
ici, c'est parce que les choix en matière d'aménagement urbain sont
déterminés en grande partie par les décisions politiques (au sens
d'homme politique). En d'autres termes, les considérations
relatives à l'aménagement du territoire, et en partie aux EV, nous
semble dépendre des objectifs poursuivis par les politiques
locales. Dans un contexte d'aménagement d'un pays en voie de
développement, il est évident que d'autres enjeux prennent le pas
sur les considérations relatives à l'aménagement du territoire, et
que nous laisserons aux lecteurs la possibilité de poursuivre la
réflexion sur les objectifs déterminer par ces
politiques.
c) Quels
acteurs pour quelles responsabilités en matière d'EV (autorités
locales, population, services techniques et
professionnelles,...)
Au tour de la
thématique de la conception, la gestion et la planification des EV,
et selon les cas, plusieurs intervenants et bénéficières sont
concernés. Habituellement, la conception est confiée aux
architectes ou aux urbanistes et non pas aux ingénieurs paysagistes
(Meziane, 2004). En revanche, la
gestion fait partie des compétences des services techniques
communaux. Comme ces services sont souvent débordés, soit par
manque d'effectifs ou de matériels, ils font appel au secteur
privé, qui est dans la plupart des cas peu compétent en la matière
(Meziane, 2004). Du moment qu'il n'y a
pas d'études d'évaluation des politiques publiques ou de révision
des budgets alloués à l'aménagement des EV, nous nous pourrons se
prononcer pour le moment sur d'éventuels détournement d'argent ou
de malversation, à l'instar des grands scandales évoqués dans la
presse nationale (Sonatrach, Ministère des travaux publics, banque
khalifa, etc.). Même si ces fraudes ont été établies, il serait
difficile de les chiffrés dans leur globalité, car ils seront
disséminées et le mode d'action risque d'être variable d'une
collectivité à une autre.
Si on admit
le fait que l'état actuel des EV en Algérie est critique, la
responsabilité est rejetée entre les politiques et la population,
d'une part, entre les autorités locales elles-mêmes (mairie,
direction de l'environnement, direction de l'urbanisme,
conservation des forêts, ...), d'autre part. L'étude que nous avons
menée dans le cas de BBA
a mis en exergue une
large responsabilité des autorités locales dans le processus de
dégradation des EV de cette ville
.
En pratique, les usagers concernés par le rôle social des parcs et
jardins ne bénéficient que d'un minimum de service rendu. En plus
et depuis quelques années, pour des raisons de propagande (crise
politique y oblige), la classe dirigeante tente de mettre en valeur
l'idéologie nationaliste. L'impact de cette ancienne/nouvelle
idéologie s'est traduit dans le cas des EV par la construction de
monuments historiques glorifiant la révolution algérienne
(1945-1962), et par conséquent la fermeture de ces derniers (Figure
3).
Si le citoyen
algérien est aujourd'hui désigné par son manque de civisme, c'est
parce que il a vécu dans un climat d'anarchie qui a pris naissance
quelques années après l'indépendance. Cela est dû à la défaillance
de l'État dans son obligation de fournir à la population des
équipements de qualité et de quantité suffisante. Apparemment cette
tendance ne va pas s'affaiblir dans les années
futures.
5) La trame
verte tourangelle serait-elle le bon exemple à suivre
?
Depuis
quelques années plusieurs wilayas se sont lancées dans une démarche
de construction de bassin de rétention et de canalisation des
Oueds traversant leurs zones urbaines (Figure 2). La
canalisation des Oueds urbains permet de gérer d'une manière
temporaire et limitée le risque, mais elle ne règle pas
définitivement le problème d'inondation. C'est pourquoi, penser
aujourd'hui à une nouvelle approche de gestion de ce risque est
plus qu'une simple nécessité, ne serait-ce que pour atténuer les
éventuelles conséquences du réchauffement
planétaire.
En effet, le
contexte physique de l'agglomération tourangelle est très différent
de celui des villes algériennes, mais l'aléa est le même. Les Oueds
urbains constituent une difficulté de taille, car ils sont
imprévisibles et souvent à sec, ce qui efface « la mémoire du
risque ». Plus grave quand ils traversent les zones urbaines, il
suffit qu'une seule construction voie le jour dans la zone
inondable est le processus d'urbanisation sera déclanché
automatiquement, d'abord dans le lit majeur et puis dans le lit
mineur (parfois avec un permis de construire à l'appuie) (Figure
2.1 et 2 ; Figure 4). Telle est la raison qui nous à amener l'année
passée à proposer un nouveau dispositif de lutte contre
l'urbanisation des zones inondables, que nous avons nommé : Les
Boisements de Rétention des Crues (BRC) (Mehdi et al, 2009). Ce
dispositif pourra être considéré comme une nouvelle typologie d'EV,
car en plus de son rôle préventif, il a également pour mission de
répondre aux différentes fonctions que joue habituellement la trame
verte (allant du rôle social à celui de la sauvegarde de la
biodiversité et de l'introduction de « la nature » en
ville).
Il est
évident que la végétalisation des zones inondables en France va
être renforcée, surtout après l'instauration de la trame verte et
bleue comme une stratégie nationale pour la protection de la
biodiversité et des écosystèmes. Les villes algériennes, si elles
n'anticipent pas leur aménagement en adaptant le même procéder et
en respectant leur contexte physique et socio-culturel, les
répercussions risquent d'être conséquentes.
Conclusion
Depuis que
l'État en Algérie s'est lancé dans une politique « d'urbanisation
extensive », les erreurs de planification et d'anticipation ne
cessent de s'amplifier. Fournir des logements et des équipements
publics à quantité suffisante à été pendant longtemps le principal
souci de ces autorités. Maintenant qu'un long chemin a été fait,
les équipements considérés tantôt secondaire, tantôt de luxe, dont
les espaces verts, vont trouver tout leur intérêt. Cependant,
l'aménagement de la trame verte urbain reste toujours une mission
délicate, et ce en raison de son coût considérable et de sa
vulnérabilité. L'expérience occidentale en la matière pourra servir
de modèle, voire d'inspiration, à condition qu'elle soit adaptée au
contexte local.
Pour lutter
contre les risques urbains, le végétale demeure un moyen efficace
et durable, de part ses multiples fonctions. L'Algérie a toutefois
accusé un long retard dans le domaine de l'aménagement de
l'infrastructure verte, son retour devrait se faire en se référant
aux avancées actuelles et non pas vers un retour en arrière, comme
c'est le cas aujourd'hui. La loi n° 07-06 relative à la conception
et la gestion des espaces verts, n'est d'autre qu'un simple
document normatif, dans lequel la valeur esthétique et urbanistique
prime sur le reste. Paradoxalement, la circulaire française du 8
février 1973 a mis plus l'accent sur le rôle des EV dans
l'équilibre écologique. Hélas, à l'heure de l'érosion massive de la
biodiversité, causée entre autre par l'urbanisation, le législateur
algérien n'a pas tenu compte de l'aspect fonctionnel de l'espace
vert en tant qu'écosystème à part entier. Dans le but de corriger
ses erreurs stratégiques, nous orientons le lecteur vers le domaine
de l'écologie urbaine, auquel devrait, dorénavant, se référencier
les praticiens de l'urbanisme (Clergeau, 2007).
Ce
travail constitue un appel aux politiques algériens, afin qu'ils
prennent au sérieux l'aménagement de la structure verte. Dépenser
des sommes colossales pour des équipements éphémères ne fait partie
des recommandations du dit développement
durable.
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Notes :
Dans ce document, nous
désignons les EV sous le sigle EV
Dans le cadre de notre
thèse, parmi les 13 bois urbains échantillonnés, L'île Simon fait
partie des bois les plus riche en biodiversité
floristique.
Espace Naturel
Sensible.
Loi n° 04-20 du 25 décembre 2008 relative à la
prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes
dans le cadre du développement durable.
Décret
exécutif n° 09-399 du 29 novembre 2009 définissant les instruments
de prévision des crues.
« Elle définit les EV
d'une manière très extensive : les parcs, jardins, squares, les
plantations d'alignement et les arbres d'ornements intra-muros, de
même que les bois, les forêts, les espaces naturels et ruraux
périurbains sont considérés comme des EV (chlorophylliens) »
(Boutefeu, 2005 : 9).
Émeutes de 2005 dans les banlieues
françaises.
Le président Bouteflika a annoncé un autre
programme de construction d'un million de logements en Algérie
entre 2010 et 2014 (09/09/2009). (Source :
http://www.algerie-dz.com/article17682.html).
Architecte paysagiste qui a écrit
plusieurs articles sur les politiques d'aménagement des EV en
Algérie (voir :
http://fr.calameo.com/read/000001084892b8e10f628).
« Depuis deux
décennies, on constate à travers la mobilisation des moyens
financiers, techniques et législatifs, la forte volonté politique
d'engager des actions (production et protection) en faveur de
l'environnement urbain, mais force est de constater l'absence de
résultats palpables ».
Plusieurs rapports
internationaux (sur : l'économie, l'enseignement supérieur,
l'innovation, le niveau de vie, etc.) place l'Algérie souvent
au-dessous de la position 100, et ce en dépit des moyens financiers
dont dispose l'État.
Bordj Bou
Arréridj.
« Que ce soit des constructions publiques
(administrations -comme l'hôtel des finances-, directions -comme
l'inspection de l'environnement, la conservation des forêts, le
complexe culturel-, les monuments et lieux de commémoration
historique à caractère nationaliste -comme le musée du Moudjahid,
les mosquées) ou privées (kiosques, maisons, terrasses,...), ils
ont tous trouvé une place au sein des ces espaces dit « vides et/ou
délaissés » (Mehdi et al, 2009 : 6).
« Il
s'agit de cours d'eau à régime hydrologique très irrégulier, ...,
il tire sa source des rares et fortes précipitations. Les oueds
sont le plus souvent à sec, mais peuvent connaître des cures
spectaculaires (avec d'énormes quantités de boue), qui provoquent
parfois des changements de lit. De compétence très forte et souvent
très chargé, on dit de l'oued qu'il roule plus qu'il ne s'écoule »
(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oued).
À
l'occasion du séminaire international : « La ville et les
risques urbains », acteurs, pratiques urbaines, gestion et
systèmes de prévention ; Université de Constantine, 05-06 MAI
2009.
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Bibliographie
- BEKKOUCHE Ammara (1997); l'espace vert urbain public :
Entre pratique et conception ; in insaniyat, espace habité, vécus
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en ville ; enquête auprès de habitants de l'agglomération lyonnaise
; plan urbanisme construction architecteur (PUCA) et centre
d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les
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p81.
- CLERGEAU Philippe (2007) ; Une écologie du paysage urbain
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verte dans l'aménagement urbain, dans le cas d'une densité urbaine
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enjeux actuels (Algérie). Communication orale et article
publié.
- MEHDI Lotfi, SMAIL Zoubida, DI PIETRO Francesca (2009).
Les Boisements de rétention des crues (BRC), un nouvel outil de
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biodiversité. Séminaire international : « La ville et les
risques urbains », acteurs, pratiques urbaines, gestion et
systèmes de prévention, 05 - 06 mai 2009 à Constantine (Algérie).
Communication orale et article (publiée).
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http://www.cbd.int/doc/world/dz/dz-nr-04-fr.pdf).
- Ministère de l'équipement, du logement, des transports et
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- WÖHRLE Hans-Jörg, WÖHRLE Regine Ellen (2008) ;
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